"Une journée d'Ivan Denissovitch" d'Alexandre Soljenitsyne

Interrompant la rédaction du Premier Cercle, Soljenitsyne rédige Une Journée d'Yvan Denissovitch en deux mois, en 1959.

Yvan Denissovitch Choukhov est le détenu matricule CH 854, un « zek » ; il fut condamné pour avoir été fait prisonnier par les Allemands et donc « avoir collaboré » ; et dans le camp spécial de la steppe khazakhe, où il peut faire jusqu’à moins 40°, le moujik est devenu maçon.
Petit, fruste, hâbleur, naïf, débrouillard et généreux, le bagnard paysan nous fait part de cette journée en enfer, comme toutes les autres journées, soit 17 heures de travail entre le lever et le coucher des prisonniers. Tout est senti, vu, perçu, estimé et craint par lui, qui use d’une parole truffée d’argot, d’humour de forçat, de dictons et de parler paysan.

L’ouvrage fut publié dans la revue Novy Mir, dirigée par le poète Tvardovski, qui réussit à convaincre Khrouchtchev et ses conseillers de le faire paraître, en considérant le roman comme un moyen de ruiner davantage la figure de Staline et des conservateurs. Et ce fut aussitôt un succès considérable en URSS et en Occident.

Est révélé l’essentiel du phénomène concentrationnaire en URSS, le Goulag ; sa pérennité, son inhérence à un régime et pas seulement au règne de Staline. Cette société du Goulag est le lieu du vol, de la bêtise, du mensonge, un monde de bourreaux et de victimes, de planqués et de salauds, de caïds et de mouchards et seulement de quelques « justes ». L’ouvrage est une " parabole  politique", un reflet caricatural de la société soviétique, un univers infernal où il s’agit de « survivre » en accomplissant sa tâche, en luttant pour garder sa dignité d’homme. Tout ce que développeront plus tard et à une autre échelle les trois tomes de L'Archipel du Goulag, fait de confessions poignantes d'ex détenus et de commentaires de l'auteur, est déjà contenu dans Une Journée. 

 

Cet atelier est animé par Jean-Louis Ravistre, professeur de lettres

Au Collège Supérieur, 4 jeudis de 20h à 21h30